Le Parolier rencontre...
Édith Butler

Sixième partie : Madame Butlerfly




Le Parolier : Qu'est-ce qui vous a sorti de votre "retraite" ?

Édith Butler : En 1998, Lise Aubut, qui travaillait avec Musication, a rencontré Catherine Lara au MIDEM. Catherine lui a demandé : " Qu'est-ce qu'Édith fait ? Il paraît qu'elle ne veut plus faire ce métier ? " " Ah, elle est partie dans le bois, elle ne veut plus rien savoir " a répondu Lise. Elles se sont donc dit : " On va la sortir du bois ! " À son retour, Lise m'a dit : " Écoute, j'ai discuté avec Catherine et si jamais tu voulais faire un album qui irait vers un côté plus ésotérique, qui amènerait ta culture vers quelque chose de plus planant, tu serais intéressée ? " J'ai dit : "Oui, j'aimerais faire ça." Je ne voulais pas refaire ce que j'avais déjà fait, je voulais m'en aller ailleurs. Le projet a pris cinq ans à aboutir. Juste pour la pochette, il a fallu six mois.

L.P. : Parlez-moi de cette pochette symbolise plein de choses.

É.B. : Au premier regard, on ne le voit pas mais il y une de mes premières photos prise par Jean Vallières au début de ma carrière lorsque j'étais à l'Université Laval. Lise Aubut avait sorti cette photographie et me l'avait amenée... J'ai pris la photo et j'ai joué avec en me disant : " Qu'est-ce que je pourrais faire avec ça ? " Et tout à coup, je tourne la photo sur le côté et j'ai vu un lien entre les cheveux de la photographie et le paysage devant moi. J'ai donc pris un papier et j'ai dessiné la pointe d'eau (Lac Memphrémagog), le soleil qui se lève et la forêt. On a travaillé avec sept graphistes pour arriver au résultat final. Ça a l'air simple comme ça. À l'intérieur de la pochette, ce sont mes arbres, moi dans mes champs et Catherine Lara insérée dans la forêt !

L.P. : Pourquoi le titre de " Madame Butlerfly " ?

É.B. : C'est l'influence du Japon, Madame Butlerfly au lieu de Madame Butterfly. Mais le " fly " c'est aussi parce que c'est un disque qui plane, qui s'envole, qui va dans un autre lieu. Et aussi parce qu'il faut être pas mal flyée pour avoir le courage de faire un album comme celui-là ! Il arrivera ce qu'il arrivera, c'est ce que je voulais faire et je l'ai fait. Je n'ai pas tenu compte ni du public, ni de la radio, je n'ai tenu compte de rien. J'ai fait ce que moi je voulais faire.

L.P. : Qu'aviez-vous en tête lorsque vous avez débuté ce projet ? Est-ce que ça ressemblait au produit final ?

É.B. : Oui. Ça faisait longtemps que je voulais prendre la musique traditionnelle et l'amener à un autre niveau de conscience. Au lieu d'être seulement une musique de la terre, c'était de l'amener à un mouvement plus universel. C'est pour ça que nous avons été vers des sources autochtones, vers mes influences du Japon, basques, etc. Lara a amené le côté espagnol qui vient de sa grand-mère. L'album n'aurait jamais pu être créé sans Catherine Lara. Donc, je n'aurais pas fait d'autres albums si Catherine n'avait pas été là.

L.P. : Vous croyez que vous auriez pu vous arrêter complètement ?

É.B. : J'étais arrêtée complètement ! J'aurais fait de la musique, j'ai toujours fait du spectacle, du récital. Mais, faire un album, travailler la composition, ré-embarquer sur la route avec un spectacle, non… je ne pense pas que je l'aurais refait sans Catherine.

L.P. : Qu'est-ce qui a motivé le choix des chansons de l'album ?

É.B. : J'ai envoyé à Catherine 27 chansons a capella et elle a fait certains choix avec Lise Aubut. Par la suite, Catherine a amené " L'enfant au tambour " qui, pour elle, n'est pas une chanson de Noël mais plutôt une chanson de paix ainsi que " The spirit is watching ". Et les autres chansons sont des choix que je lui avais envoyés. Comme " Kikimo hamacin " qui est une chanson en langue huronne transcrite par Jean de Brébeuf. Cette chanson n'a qu'un seul couplet et Catherine l'a choisie ! Elle ignorait qu'il n'existait qu'un seul couplet et elle pensait peut-être que c'était du vieil acadien ? (Rires) Elle a composé un refrain, je devais donc continuer, j'ai pris mes dictionnaires de langue algonquine et j'ai composé les deux autres complets en algonquin. Et le refrain " Kikimo hamacin, nitahi gewen nibowin, kikimo hamacin, weji baba daman " veut dire : " Apprends-moi la naissance, apprends-moi la mort, apprends-moi l'éternité. "

L.P. : Comment voyez-vous cet album ?

É.B. : Je trouve que cet album exprime bien ce que je suis aujourd'hui. Je ne suis plus une jeune fille mais je ne suis pas une vieille femme non plus ! (rires) Mais j'ai toute une expérience de vie, un bagage musical, des amitiés.

L.P. : Quel fut l'accueil du disque ?

É.B. : Les gens qui écoutent le disque l'adorent ! Mais les radios ne le jouent pas. (Rires) Il y a Radio-Canada qui le fait jouer et peut-être quelques autres postes, mais je n'en ai pas entendu. Je ne croyais pas que le disque jouerait à la radio. J'ai pensé que le bouche à oreille se ferait et c'est effectivement ce qui se produit ! Je sais que l'album est assez dérangeant par rapport à ce que les gens connaissent de moi. Mais il n'y a encore personne qui est venu me dire : " J'ai acheté ton album et j'aimais mieux ce que tu faisais avant " . Ils me disent tous : " On t'aime et on aime beaucoup ce que tu fais ".

L.P. : Quelle sera la suite de " Madame Butlerfly " ?

É.B. : Il existe trois découlants. Il y a l'album lui-même. Ensuite il y a le livre des légendes qui va être publié. Chacune des légendes aura un lien avec une chanson, sans en parler directement la légende va plutôt l'accompagner. Les légendes seront écrites par Lise Aubut. Enfin, il y a le spectacle qui découle du livre des légendes et de l'album. Mais le spectacle n'est pas l'album et n'est pas le livre non plus.

L.P. : Est-ce que le spectacle est aussi éclaté que l'album ?

É.B. : Le spectacle n'est pas aussi éclaté que l'album, sinon ça me prendrait trois autobus de musiciens ! (Rires)

L.P. : Mais avec l'informatique on est capable de tout faire...

É.B. : Oui, mais je me sens prisonnière quand je travaille avec des séquenceurs ou des choses comme ça. J'aime mieux travailler avec des musiciens " live " . Je fais mon spectacle de façon différente de l'album.

L.P. : Quand aura lieu le spectacle ?

É.B. : Le spectacle a déjà commencé à tourner depuis septembre 2003. Je prévois faire ma rentrée en septembre 2004. Je fais présentement du rodage et je vais en Europe après Noël.