Le Parolier rencontre...
Édith Butler

Cinquième partie : Le party d'Édith




Le Parolier : La morosité des années 1980 n'a pas aidé les chansonniers.

Édith Butler : C'est à cette époque que j'ai changé, que je suis allée vers les partys parce que le monde était tellement morose. Ça a fonctionné très fort car les gens étaient tous déprimés.



L.P. : Au cours des années 1970, l'Acadie s'est comme dévoilée au Québec il y avait vous, Antonine Maillet, Calixte Duguay, 1755, Angèle Arsenault, etc. Je me souviens, on vous voyait partout !

É.B. : Une année, au " Bye bye " , il y avait un numéro où il y avait un grand bateau dans la brume. Sur le bateau, il y avait Angèle, moi, la Sagouine... et Zachary Richard qui était à la proue et qui criait : "Antonine, Antonine !" Pis le bateau s'en venait dans la brume et c'est tout ce qu'on voyait...(Rires). Et là ma grand-mère me disait : " C'est toi, c'est toi ! " . Pauline Martin jouait mon rôle... " C'est toi, c'est toi, je te jure, c'est toi, c'est toi, je te vois ! " (Rires)

L.P. : Pourquoi croyez-vous que la culture acadienne a si bien fonctionné au Québec ?

É.B. : Je crois qu'elle a fonctionné d'un coup sec parce que les Québécois avaient arrêté de se battre lorsque le Parti Québécois a pris le pouvoir en 1976. Tous les grands batailleurs de la chanson se sont tus parce que leur parti était au pouvoir. Ça mettait donc un " mute ". Il n'y avait plus le besoin de chanter ça, il fallait chanter autre chose. Alors, nous, les Acadiens sommes arrivés, on chantait ce qu'ils auraient voulu chanter. On défendait notre culture. C'était une question de " timing " . C'est quand même bizarre, on n'avait pas prévu ça !



L.P. : Avant les partys, vous êtes allée en France. Comment étiez-vous perçue ?

É.B. : C'était un mélange de femme qui vient du Nord, du bois et qui parle encore français malgré tant d'années, c'était exotique. Je n'aime pas être exotique, j'aime mieux penser qu'on m'aimait parce que je suis une bonne artiste ! (Rires) Mais je sais qu'en quelque part, ça fait exotique, différent et surprenant. C'était comme lorsque Zachary arrivait de la Louisiane et qu'il était capable de parler français avec un gros accent et ce, après quatre siècles ! Ça les étonne... " Hein ? Les Acadiens ? Quoi ? Y'a un autre groupe qu'on ne connaissait pas, c'est quoi ça ? On vient juste de connaître les Québécois puis il y en a d'autres ??? "

L.P. : D'où est venue l'idée d'enregistrer des disques de " partys " ?

É.B. : C'était une idée de quelqu'un qui m'avait vue en spectacle. Dans mes spectacles, il y avait une panoplie de choses : des chansons engagées, des chansons tristes, des chansons de partys... c'était large. L'idée était de ne prendre que les éléments " partys " et de faire un disque avec ça. Au début, je n'étais pas d'accord, j'ai hésité pendant au moins un mois et ça me tracassait beaucoup parce que je me disais : " Ce n'est pas moi, je ne suis pas juste ça. " Je n'ai jamais cru qu'en ne faisant que ce type de chansons ça fonctionnerait !

L.P. : Et ce sont probablement les disques qui se sont le plus vendus !

É.B. : Ah oui ! Mais ils ne m'appartenaient pas ceux-là, c'est ce qui est de valeur.

L.P. : Aujourd'hui, avec le recul, regrettez-vous de les avoir fait ?

É.B. : Non, non... j'ai eu un " fun " bleu ! (Rires) Parce que maintenant, partout où je vais, tout le monde me dit : " Aïe, Édith, Édith !!! "

L.P. : Et pourtant, vous n'êtes pas une fille constamment sur le party, mais plutôt normale, avec vos hauts et vos bas...

É.B. : Moi, je ne suis pas sur le party, je le fais... c'est du spectacle ! Je suis une femme très heureuse et très joyeuse... mais les partys, je n'aime pas ça. Je trouve ça fatiguant, les gens fument, je deviens toute congestionnée. Moi, je me couche à neuf heures et demie et au moment où le soleil se lève, je veux être dans le fond du bois.

L.P. : Vous avez connu un très grand succès avec les partys, vous avez même remporté quelques "Félix".

É.B. : Le party était tellement gros que ça a créé toute une demande. Je faisais tous les stades, les foires agricoles, les festivals de patates, de fraises. J'ai tourné, tourné, tourné... mais il y avait tellement d'ouvrage.

L.P. : Pourquoi avez-vous cessé les partys ?

É.B. : J'ai fait trois albums de " partys " et après ça, j'ai voulu revenir à ce que je faisais auparavant. Il y avait des choses que je voulais dire et on a fait l'album " Drôle d'hiver, drôle d'univers " en 1990. Mais la radio n'a pas voulu le faire jouer ! On disait : " Toi, tu es party. Si tu fais un autre party, on va te faire jouer. " Mais quand je faisais les partys, on ne me faisait pas jouer ! (Rires). Alors, on a fait "Ça swingue" en 1992 pour revenir un peu vers les partys, on est allé chercher des choses intéressantes comme " Bébé créole ", des chansons louisianaises, du Bruce Daigrepont qu'on venait de découvrir. Celui-là s'est bien vendu mais il n'a pas plus joué à la radio. Finalement, en 1995 on a fait " À l'année longue " avec Francine Raymond, Pierre Bertrand et Guy St-Onge. Je me suis dit : " La radio va nous faire jouer ! ". On avait de belles chansons comme " La 20 ". Mais non, on ne nous a pas plus fait jouer... et là, la raison était : " Tu n'as pas le look radio ! " Alors, il faut avoir un look radio... je n'ai jamais compris ce que ça voulait dire !

L.P. : Est-ce différent avec " Madame Butlerfly " ?

É.B. : Non ! (rires)

L.P. : Ça ne vous décourage pas ?

É.B. :En 1995, lorsque j'ai fait " À l'année longue" avec Francine Raymond, on avait travaillé très fort pour obtenir un son qui puisse passer à la radio, il y avait de beaux textes... et ça n'a pas joué. Au bout d'un an, j'ai abandonné : Good-bye ! Je ne veux plus rien savoir de ce métier, je m'en vais. Je ne veux pas continuer à investir dans un produit que je trouve beau et bon et qui ne sera pas joué. Je pars, je m'en vais faire autre chose et je suis venue en Estrie.