Le Parolier rencontre...
Édith Butler

Troisième partie : On parlera de nous, some day
(Le début de la carrière)







Le Parolier : Comment avez-vous abouti à la télévision ? Vous y faisiez une émission nommée "Singalong Jubelee".

Édith Butler : Je fais de la musique depuis que je suis toute petite ! J'en ai fait avec mon petit ami, avec mes copains, dans la maison, pour l'église... arrivée à Notre-Dame de l'Acadie, j'ai continué à faire de la musique. En 1962, j'ai fait une émission à la radio de Radio-Canada à Moncton. C'était une série de 32 émissions sur le folklore qui s'appelait " En montant la rivière ". Et puis, des gens d'Halifax de la CBC m'ont contactée et m'ont dit : " Est-ce que tu viendrais pour l'émission de télévision pendant l'été ? " J'y suis allée, c'était en 1963 et j'étais toute jeune !

J'ai chanté pour la première fois en public lors d'une soirée culturelle en 1961. J'avais, à cette époque, de la difficulté à parler en public, j'étais gênée et... j'avais de la misère ! Et puis, Cécile Maillet a organisé une soirée culturelle où l'on pouvait lire des poèmes, faire de l'expression corporelle sur de la musique, danser du ballet ou chanter. Cécile m'a dit : " Viens donc avec ta guitare chanter une couple de chansons ". Elle m'avait entendu lorsqu'on s'amusait dans la chambre au Collège Notre-Dame de l'Acadie. J'y suis donc allée et j'ai fait une chanson de Jean-Pierre Ferland et deux de Claude Léveillée. J'étais assise sur un petit banc et Cécile a ouvert le rideau... j'ai fait les trois chansons et elle a refermé les rideaux ! Je n'ai pas dit un mot, j'étais juste pognée là ! Et le public en voulait d'autres, Cécile était là qui disait : " Continue, continue, continue ! ". " J'en ai pas d'autres, j'en ai pas d'autres, j'ai en pas d'autres !!! " . J'en avais d'autres mais j'étais tellement nerveuse... Elle a ouvert les rideaux et j'ai rechanté les trois même chansons ! (Rires)

La fin de semaine suivante, c'était au collège des gars, le Collège St-Joseph. Ils avaient entendu parler de cette fille-là qui jouait et chantait. J'ai donc pensé : " S'il en veulent d'autres, faut que je sois prête ! ". J'ai donc compris qu'il pouvait y avoir un " encore ". Et la fin de la semaine suivante, je suis allée chanter à l'Église Christ-Roi, l'autre fin de semaine à Shediac et ça ne s'arrêtait plus. Puis j'ai débuté à la radio et la télévision et ça n'a jamais arrêté.

Et quand je suis arrivée à l'Université Laval pour mes études, j'ai continué à faire de la télévision à Québec et à Montréal. Les portes s'ouvraient et moi je n'avais pas besoin de frapper, ça s'ouvrait tout seul. J'ai fait " Les Cailloux " à la télévision et " Appelez-moi Lise ".


L.P. : Qu'avez-vous fait à la sortie de l'Université Laval ?

É.B. : Il me restait deux ans pour compléter mon doctorat et je devais continuer mes études. Pendant ces années, je faisais le tour des folk festivals, je me promenais à Washington, Chicago, Winnipeg, Toronto... À cette époque j'ai rencontré Jean-Marie Deschênes (Daniel DeShaime). Nous étions tous les deux dans la chanson traditionnelle. Il jouait de l'accordéon " à pitons " et interprétait des rigodons. Il commençait à écrire et à composer avec un des professeurs. C'est à cette époque que sont nées des chansons comme "Asteure qu'on est là", "Sail à Majeur" et "Nos hommes ont mis la voile". Ce sont des chansons engagées qui parlaient de l'Acadie.

L.P. : Mais Daniel n'est pas un acadien...

É.B. : Non, il est gaspésien. Il venait d'un village nommé St-Octave de l'Avenir dont la population a été déportée : on avait descendu les villageois au bas de la montagne, mais ils ne voulaient pas descendre, ils préféraient rester là où ils étaient ! Daniel se sentait lui aussi déporté, il avait perdu son village, sa communauté. Il y a donc un lien qui s'est créé. Et puis, les Gaspésiens et les Acadiens se côtoient beaucoup, on a plusieurs choses en commun et une mentalité similaire.

L.P. : Comment vous êtes-vous retrouvée à Osaka au Japon ?

É.B. : Un jour, j'ai reçu un appel de la directrice du Mariposa Folk Festival de Toronto qui me dit : " Au Japon, ils cherchent une chanteuse pour l'Exposition Internationale d'Osaka, j'ai donné ton nom ". Au lieu de retourner aux études, je suis partie six mois pour le Japon, c'était en 1970.

L.P. : Comment était-ce ?

É.B. : C'était comme si j'arrivais sur la planète Mars ! (Rires) C'est tellement différent... eux et nous c'est tout un contraste. J'ai adoré ça. J'y ai pris le bon côté du Japon, le côté zen, la nourriture, comment regarder les arbres, les animaux, voir la beauté des choses, en avoir le respect. Lorsque je suis revenue du Japon, je suis tombée malade et j'ai été huit jours à l'hôpital... je n'ai pas digéré le ragoût de pattes de cochon, j'étais trop saine, j'avais trop mangé de petites choses délicates ! (Rires). Pour les Japonais, manger c'est comme une prière, c'est toujours comme être en état de grâce...

L.P. : Et le retour ?

É.B. : À mon retour, j'ai fait une tournée à travers le Canada avec Daniel DeShaime et nous avons travaillé ensemble jusqu'en 1975.