Le Parolier rencontre...
Édith Butler

Première partie : Je m'appelle Édith (La jeunesse)




Le Parolier : J'aimerais que vous me parliez de vos origines.

Édith Butler : Je viens d'un petit village qui se nomme Paquetville, comme la chanson ! Il y avait à peu près 600 personnes à l'époque, et aujourd'hui ils ne sont pas tellement plus nombreux. Je suis venue au monde à la maison, aidée par une sage femme qui s'appelait Édith, c'est de là que vient mon prénom. Autour de mon berceau, il y avait quatre femmes : ma mère, la sage femme qui est morte il n'y a pas grand temps, ma grand-mère et ma marraine. Ces quatre femmes m'ont suivie toute ma vie. J'ai été extrêmement gâtée parce que chacune de ces femmes m'a enseigné soit la sagesse, la musique, la couture ou le bricolage. Toutes ont encouragé mon côté artistique. C'est pour ça que je m'intéresse à beaucoup de choses.

L.P. : Et votre père ?

É.B. : Lorsque je suis venue au monde, mon père était à la guerre. Je l'ai vu pour la première fois quand j'avais six mois. Mon père était un raconteur, un conteur de menteries... pas un conteur de mensonges. C'était des vérités un peu rallongées sur les bouts ! (Rires) Mon père m'a montré la morale, la justice, la charité, la forêt, les plantes J'étais la première, le bébé gâté, il m'amenait partout dans le bois avec lui. Il m'a aussi montré comment compter les chiffres car il avait un magasin général et un moulin à bois.

L.P. : Vous étiez combien dans votre famille ?

É.B. : Nous étions cinq et je suis l'aînée.



L.P. : Est-ce que vos frères et soeurs s'intéressaient à la musique ?

É.B. : Oui. Ils sont tous musiciens, mais je suis la seule à avoir exercé le métier.

L.P. : D'où vient le nom de Butler ?

É.B. : Ça vient de Le Bouthillier. Mon arrière-grand-père a changé son nom en 1881. Avant qu'il ne se marie, on le nommait Jean Le Bouthillier, et après le mariage son nom était devenu John Butler. Plusieurs personnes changeaient leur nom à cette époque... les Aucoin sont devenus les Wedge, les LeBlanc des White, etc.

L.P. : Moi qui croyais que le nom était d'origine anglophone, irlandaise...

É.B. : Non. À l'origine, le nom de Le Bouthillier est d'origine jersiaise. Il y a beaucoup de jerseyins par chez nous, puisqu'il y avait les magasins des Robin, les jerseyins venaient comme commis et ils tombaient en amour avec les Acadiennes et finissaient par rester au pays. Du côté de ma mère, ce sont des Godin qui sont venus de Champagne en 1632.

L.P. : Vous souvenez-vous des premières chansons que vous fredonniez lorsque vous étiez jeune ?

É.B. : Ah oui ! C'est presque les mêmes que je chante aujourd'hui ! (Rires)

L.P. : Comment étiez-vous, jeune. Étiez-vous la fille de party ?

É.B. : Non, je n'ai jamais été une fille de party. C'est ça qui est drôle, j'ai fait des partys, mais je n'ai jamais été une fille de party, jamais ! (Rires) J'aimais écouter lorsqu'il y avait des fêtes à la maison. Évidemment, j'étais toujours à côté d'un musicien. S'il y avait un violoneux, au moment où il se levait pour aller se chercher à boire ou pour aller à la salle de bain, moi j'embarquais sur le violon ou la guitare ou sur le piano pour apprendre. Je viens d'une époque où la télévision n'existait pas encore. Donc les fins de semaines les gens se visitaient beaucoup, ça jouait aux cartes et c'était très social. Dans les maisons, on se faisait de beaux partys de chansons et de musique.

Nous les jeunes, nous allions danser au village d'à côté. Nous n'avions pas le droit de danser dans notre village, le curé ne voulait pas ! (Rires). On allait dans les salles de danse à St-Isidore. Ensuite, lorsque je suis devenue "jeunesse", il y avait les "beach partys" ! Ça c'était encore plus intéressant car on commençait à s'intéresser aux jeunes garçons. J'y ai rencontré un petit joueur de violon et j'ai appris un peu le banjo, la mandoline et la guitare. On allait sur les belles plages et on y restait des journées complètes. Et les guitares finissaient par casser à cause de l'humidité du sable ! (Rires)

On a passé toute notre enfance et notre jeunesse à faire de la musique. On avait formé un groupe avec Rose-Marie Landry, Jacques Légère et Robert de Tracadie. On s'est mis à faire les boîtes à chansons de Tracadie, Shippagan, Caraquet, Paquetville...


L.P. : Quel style de chanson interprétiez-vous ?

É.B. : On faisait du folklore, de la chanson traditionnelle.

L.P. : Vous n'étiez pas tentée par la chanson française à l'époque ?

É.B. : Évidemment, mais la seule chanson francophone que nous entendions provenait de l'autre bord de la Baie des Chaleurs, c'était à la radio de New Carlisle C.H.L.C., un poste country. On y entendait Willie Lamothe, Ti-Blanc Richard, Marcel Martel, Le Soldat Lebrun. Ils venaient faire leur tournée dans la région et on allait voir ça. Il y avait Félix Leclerc qu'on entendait parce qu'il avait une chemise à carreaux et tout le monde pensait que c'était du country ! (Rires) Avec le country, on a appris à composer nos accords et le swing.

Je trouve que j'ai eu une enfance et une jeunesse extrêmement joyeuses, pleines de musique et d'activités culturelles. Mon amie, Rose-Marie Landry, est partie vers la musique classique, et aujourd'hui elle dirige le chant classique à l'Université de Montréal. Quant à moi, j'ai bifurqué vers la musique traditionnelle et je suis allée à l'Université Laval.