Le Parolier rencontre...
Dominic Clément

Sixième partie : À travers les chansons


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LAISSEZ-MOI D'L'AIR :

Ça a été écrit juste avant que je vienne à Montréal car j'avais peur ! Y'a deux trucs dans cette chanson... c'est la nature et c'est aussi : laissez-moi une place. J'arrivais en ville et je savais ce que c'était. La nature ? On oublie ça, à part le Parc Lafontaine et quelques fleurs reconstituées mixées en usine... y'a pas de nature ! Les villes s'agrandissent tout le temps, on construit au dépend de l'environnement ! À Montréal y'a à peu près deux millions de personnes ? Chez nous, pour le même territoire on a environ trois mille personnes ! Laissez-moi de l'air, donnez-moi de l'espace ! On a quoi ? Un pied carré de gazon ? Chez-nous, y'a la forêt pour moi tout seul où je peux marcher sans rencontrer personne pendant dix heures si je le veux. En ville, on retrouve un paquet de comportements anti-sociaux qui se développent parce que nous n'avons pas d'intimité, parce qu'il y a trop de proximité. Pourquoi les gens ne se regardent-ils pas ? Tu n'as qu'un ton petit aura qui va jusqu'à six pouces autour de soi. Si quelqu'un entre dedans, tu vas lui faire un paire de yeux ! Mais chez-nous, tu recherches parfois les contacts humains... tu as le temps de désirer ça en tout cas ! Tu as droit à ta solitude ! En ville, si tu n'as pas de "stores" de trois pouces d'épaisseur, tu vas voir la lumière toute la nuit et tous gens vont regarder dans ton appartement. Où est ton intimité avec les murs de carton ? Tu fais l'amour, tout le monde t'entends. Tu regardes un film, tout le monde va le voir. Il y a trop de proximité. Quand tu te promènes dans la rue, tout ce que tu vois ce sont des buildings, t'es incapable de voir plus que quatre pouces carrés de ciel... il n'y a jamais d'étoiles en ville, le ciel est sale, il y a trop de lumière, trop de smog. Laissez-moi d'l'air...

ÇA T'TENTERAIS-TU ? :

À un époque, on faisait des enfants à 18-19 ans. J'ai 29 ans... un moment donné l'instinct ! Ça correspond aussi à la période de l'écriture de mon album et je commençais à trouver que je mettais beaucoup d'énergie là-dedans et que je passais à côté d'une couple d'affaires. C'est beau la carrière, mais ce n'est qu'une partie de ma vie ! S'il y avait juste ça, je serais malheureux. Y'a tellement de choses que j'aime. Il faut de la place pour l'amour, la carrière, les passe-temps, les enfants et le famille. Toutes des valeurs auxquelles je crois.

J'ai écrit cette chanson au Nunavut sur la terre de Baffin lorsque j'ai travaillé pour Statistiques Canada. J'effectuais le recensement des inuits et je regardais les salaires de ces gens. C'est effrayant, ils n'ont pas beaucoup d'argent ! Mais ils ont beaucoup d'enfants et ils ont l'air heureux. Ils ne se posent pas les mêmes questions que nous. Ici, on a notre petite maison, deux voitures à 25 000 $, un petit chien, un petit chat, une piscine et on se demande si on a de l'argent pour faire des petits ! On as-tu de l'argent pour ça ? On as-tu du temps ? On sauve du temps, dans quel but ? J'en sauve à un endroit et je vais avoir encore plus d'obligations, on est perdu là-dedans ! C'est ça la chanson. Avant que l'on soit trop vieux, faut juste se mettre quelques piastres de côté avant de ne plus en avoir. Parce que plus on fait d'argent, plus on crée des besoins financiers... des voitures, l'internet, le centre sportif, n'importe quoi. Ce n'est pas le fait que l'on n'a pas d'argent pour avoir des p'tits... on va en avoir trop et on va occuper notre temps à gérer l'argent. Et ça, ça nous enlève le temps pour faire autre chose... dont des petits enfants !

CHEZ-NOUS :

J'étais à Montréal depuis deux semaines et je me demandais pourquoi j'y étais venu : "Qu'est-ce que je viens de faire là ? " Je cherchais à entendre rien, et j'en étais incapable ! Et là, je me disais : " Le vent du nord qui me rappelle et dis de m'en revenir chez-nous. Le chant des loups, les criquets, les grenouilles le soir...". "Je ne réussirai pas à endurer ma vie si c'est pour être icitte ! Je ne suis pas habitué à la ville, je n'y suis pas bien, je suis trop vieux pour changer (même si je suis jeune). Je ne veux pas changer, je ne veux pas troquer mes loups et mon vents contre des voitures et des lumières partout tout le temps !"

Y'A DES SALAUDS :

J'ai écrit cette chanson un soir pour m'amuser. C'est une "toune" un peu plus adolescente J'ai beau chercher des explications rationnelles au terrorisme, au viol, à la politique, à l'armée et toutes ces cochonneries-là. C'était un feeling qui a duré le temps d'écrire la chanson, ça ne m'a pas pris de temps à la faire.

ROSE OU GASTON :

Celle-là je l'ai écrite d'une façon humoristique sur la thématique de l'amour. On est rendu à dire que si tu pèses tant et que tu as l'air de ça tu n'as pas le droit à l'amour ! Qui sommes-nous pour juger ? Concentrons notre énergie sur notre propre vie et laissons vivre les autres. Cette chanson donne des exemples de vie de couple et ce qu'elle raconte c'est : tout le monde a le droit à l'amour.

POUR TON COEUR ET TON CUL :

Cette chanson fait référence à une expérience personnelle que j'ai vécu. Tu mets vingt culs en ligne et qu'est-ce qui va faire que tu vas en prendre un plus qu'un autre ? À la base, on est attiré vers le physique. Mais quand toutes les filles sont belles et que tous les gars sont beaux, qu'est-ce qui fait qu'il y en a un qui t'intéresse plus ? C'est le coeur, c'est l'âme. Moi, je crois que la base d'une relation, c'est le cul et puis le coeur. Le cul, ce n'est pas vulgaire, ça décrit ce que je veux dire. Le cul, c'est physique, c'est de faire l'amour, c'est l'affection physique, c'est l'attirance. Et le coeur, c'est tout le reste.



NIMINIDAN A WAMENNAN :

C'est en Algonquin, ça signifie " Je suis content, je suis heureux de te rencontrer, de faire ta connaissance ". En spectacle, je raconte l'histoire du Canada revisité et je n'y vais pas de main morte. Les gens ont une mauvaise conception des autochtones. Ils ne paient pas de taxes ni d'impôts, ils vendent de la cigarette de contrebande et ça prend des mitraillettes quand ça ne fait pas leur affaire. Oui... mais y'a autre chose, ceux-là, ce sont des extrémistes, c'est comme dans n'importe quoi ! Les musulmans ne sont pas tous des Ben Laden ! Y'en a des corrects et même, c'est la majorité.

J'ai voulu présenter le contraire, dire que c'est de notre faute à nous... un peu pour choquer. Les autochtones ont appris les français et l'anglais, ils ont été à l'école, ils ont formé des avocats, des comptables, etc. Mais nous autres ? Est-ce que l'on a appris l'algonquin, le cri et le mohawk ? Jamais de notre vie. Pourquoi ? Parce qu'on est des conquérants ? S'il n'y aurait pas eu les ententes du départ, nous n'aurions pas passé l'hiver ! Ce n'était pas un peuple conquis, c'était un peuple qui avait des ententes avec un autre peuple, soit celui de vivre et de cohabiter. Peut-être que ça n'a pas été écrit parce que les autochtones n'écrivaient pas. Mais, il y a des ceintures de wampam qui expliquent tout ça. Pourquoi penses-tu que "La paix des braves" a été signée ? On va se bâtir et en contrepartie, vous allez laisser tomber les poursuites de huit milliards... car ils savaient bien qu'ils allaient perdre, ils les perdent toutes ! C'est un peu ça le sujet de la "toune".

LA GALERIE :

Cette chanson est écrite du point de vue sociologique. Je suis sur la galerie et je regarde les gens. Qu'est-ce qu'ils font ? Pourquoi sont-ils stressés lorsque quelqu'un fait un arrêt et que l'autre fait " put put " ? Pourquoi la femme fait quatre fois le tour du bloc avec son petit à trente degrés celcius ? Elle n'a rien d'autre à faire, elle ne peut pas l'amener se baigner quelque part ? Non... elle l'élève sur une galerie d'un troisième étage, une prison ! La chanson est une observation vue de loin, j'ai regardé aller les choses d'une façon consciente et rationnelle.

LA COLÈRE DE DIEU :

On y retrouve dans cette chanson mes expériences personnelles et celles des autres. Je fais référence aux pensionnats autochtones qui étaient, en fait, une tentative d'assimilation de la part du gouvernement fédéral. Le gouvernement ne voulait pas le dire, il a donc fait faire la job de bras par l'Église. Ils allaient dans les réserves et amenaient les jeunes dans les pensionnats. Et là, on les passait à l'eau de Javel, on leur coupait les cheveux et on leur empêchait de parler leur langue et ce, pendant plusieurs années. Et quand c'était fini, c'était comme si il n'y avait plus d'autochtone... et s'il n'y a plus d'autochtone, il n'y a plus de privilège et ça coûte donc moins cher au gouvernement. Mais, ça n'a pas marché. Les problèmes de toxicomanie et d'alcoolisme chez les autochtones datent de cette époque. Quand tu te retrouves dix ans dans un pensionnat, que tu reviens chez-vous sur ta réserve et que tu te fais traiter de traître par ton propre peuple. Tu deviens tellement en maudit contre les blancs ! Tu n'as plus d'identité culturelle... Pourquoi y'a-t-il autant d'inceste entre les autochtones ? Ils se sont fait faire la même chose par les curés et les curés... ils étaient leurs pères ! Lorsque l'autochtone entrait au pensionnat, il fallait qu'il appelle le religieux " mon père " alors que lui l'appelait " mon fils ". C'était une relation parentale, familiale... les religieux les adoptaient pour une dizaine d'années. C'est ça la colère de Dieu...

DANS MA CABANE EN BOIS ROND :

C'est encore une chanson qui parle de la ville versus la campagne. On est bien dans le bois, dans une cabane en bois rond, sans électricité ni rien. Mais... on a besoin d'amour. C'est ça le but de la chanson finalement, c'est : que l'on soit n'importe où, on a toujours besoin d'amour.

BEN BALLADE :

Je l'ai écrite avec mon frère Ben. Parfois y'a des sujets qui me font pomper... mais je suis un gars "humain". Je trouvais que l'album, le choix des chansons laissait planner des questions : "Est-il heureux ?" "Est-il toujours sur la pression ?". Pas du tout ! Au contraire... je me garde du temps pour ça... une heure de chialage par jour et le reste du temps, je fais ce qui me plaît. Je me concentre sur mes passe-temps, mes passions, l'amour et tout le reste. Et "Ben ballade", c'est un peu pour calmer tout ça. J'ai fini l'album en voulant dire que malgré tout, je suis heureux. Je suis bien content de vivre dans ce monde. S'il n'y aurait pas tous ces problèmes-là, je ne pourrais plus chialer sur rien, je serais malheureux. Moi, je suis un chialeux !

J'ai divisé cette chanson en trois parties pour faire une farce et en même temps, je trouvais ça "cool" de faire un album de treize chansons... je ne suis pas superstitieux. Il y a trois couplets à cette chanson, soit "Ben ballade", "Deuxième toune" et "Bonus track". Les gens vont donc l'écouter se dire : "Ah... la douzième toune, c'est la suite de la onzième !". En spectacle, je la fais toujours séparée... à la fin du premier set, je fais "Ben ballade", au début du second set, je reviens avec "Douzième toune" (Ben ballade part II) et à la fin du show le "Bonus track". C'est encore une fois un clin d'oeil qui fait rire le monde.