Le Parolier rencontre...
Dominic Clément

Cinquième partie : L'écologie, les web, le futur...




Le Parolier : Comment vous voyez-vous dans le futur ?

Dominic Clément : Je me vois comme aujourd'hui... je l'espère ! Mais, j'aimerais avoir un peu moins d'insécurité financière. Mais encore là... je fais toutes sortes de boulots... J'aimerais peut-être avoir plus de sécurité. Mais, en même temps, l'insécurité me motive à travailler, force ma créativité. Pour le moment, je suis très heureux.



L.P. : Vous voulez continuer dans ce milieu-là, malgré tout ce que vous venez de me conter ?

D.C. : Oui, oui... Je gagne bien ma vie, je ne manque pas de rien. Je m'organise toujours pour travailler suffisamment pour subvenir à mes besoins. Pour le moment, je peux travailler pendant quelques temps et si j'ai assez gagné d'argent, je m'arrête deux semaines pour écrire, me promener... Je peux me permettre ça. Je veux rester comme ça, maître de mon temps et de ma liberté. Si j'ai des contraintes, je veux me les donner moi-même.

L.P. : La liberté est un thème que vous abordez souvent dans vos chansons. Vous avez adopté la rivière Gatineau. Qu'est-ce qui vous a poussé à faire cette adoption ?

D.C. : J'ai vécu deux ans à Montréal et je suis reparti dans mon coin en juillet 2002. C'est à cette époque que j'ai été mis au courant du dossier des constructions de mini-centrales électriques que le gouvernement veut autoriser. Lors de mon dernier spectacle de ma tournée à Maniwaki, j'ai interprété " Laissez-moi de l'air " et juste avant de la chanter, j'ai envoyé un message aux " moneymakers " de la place en disant : " Laissez-lui donc la patience à la rivière. Ce n'est que depuis 1990-1991 qu'il n'y a plus de bois qui flotte dessus. Elle était polluée à l'os ! Ce n'est qu'en 1990 qu'ils ont décidé de la nettoyer. Maintenant, elle est potable, on peux se baingner dedans. C'est une ressource naturelle qui est disponible pour tout le monde, ce n'est pas là pour faire de l'argent ! ". Les gens sont venus à la fin du spectacle m'ont dit : " Nous avons bien aimé ton message sur la rivière. Ça te tentes-tu de la parrainer ? Il y a une manifestation la semaine prochaine à Montréal, y vas-tu ? ". " Oui, je vais y aller ! " C'est quelque chose qui me tient à coeur, parce que la rivière est à tout le monde !

L.P. : Vous voyez-vous vous impliquer dans un autre mouvement ?

D.C. : Je ne crois pas aux mouvements. J'ai accepté de faire celui-là et j'trouve ça correct. Parce que je peux faire mon bout quand je fais mes spectacles seul et que je peux en parler au monde. Je ne crois pas aux manifestations pacifiques... si on ne brise pas les fenêtres, ça ne passe pas aux bulletins de nouvelles. Les Canadiens gagnent, on défonce les vitrines et on en parle pendant trois semaines. Une manifestation pacifique d'une gang d'artistes ensembles, ça ne marche pas. De toute façon, plus il y a de têtes, plus on se perd. On est tous d'accord pour dire qu'un barrage n'a pas affaire sur la rivière. Chacun part de son côté et fait ce qu'il veut avec ça. Essaie d'arriver à un consensus... tu es deux et y'a déjà d'la marde ! C'est pour ça que je n'y crois pas.

L.P. : Que pensez-vous de la nouvelle technologie, le web, l'internet ?

D.C. : Moi, je trouve qu'il n'y a pas de différence avec ce que l'on vivait voilà cinquante ans. Y'a plus de monde sur la terre, y'a plus de personnes qui écoutent de la musique. Lorsque la télévision a sorti, il n'y avait qu'un seul voisin sur la rue qui en avait une et tous les gens se ramaissaient chez lui. Les compagnies perdaient de l'argent aussi et là, ils ont fait des télévisions moins chères. C'est de tous les temps...

L.P. : Est-ce que ça peut amener les gens à s'ouvrir les oreilles sur autre chose, à être moins cloisonnés par les postes de radio ?

D.C. : Non, je ne le crois pas, à moins d'être curieux et d'avoir une ouverture d'esprit, une ouverture culturelle. Les jeunes qui vont sur l'internet, c'est surtout pour copier les chansons qu'ils entendent à la radio. Ce n'est pas pour découvrir de la musique africaine venant du Mali ! C'est bien avoir une ouverture sur le monde, mais que fais-t-on avec cette ouverture ? Une culture à faible dose, c'est parfait car tu as le temps de l'assimiler. Mais sur l'internet... tu cliques, tu es au Mali, tu cliques, tu es en Australie. Tu fais quoi ? Tu ne fais rien que cliquer. Tu regardes deux images et tu passes à l'autre. C'est une profusion d'images, de textes, de chansons, de cultures. On en fait une overdose, on n'est pas fait pour assimiler tant que ça ! Je ne crois pas que quelqu'un qui va surfer sur l'internet durant une soirée va apprendre comment fonctionne l'Australie ! Faut prendre le temps de digérer les informations, sinon, c'est du vent... L'internet est peut-être plus abrutissant que d'autre chose. Une profusion de canaux, une profusion de musique... on ne sait plus quoi écouter. On devient comme un moulin à vent, ça entre par une oreille et ça sors par l'autre.

L.P. : Je vous remercie pour cette entrevue.

D.C. : Déjà ? Ça a passé vite !!! (Rires)