Le Parolier rencontre...
Dominic Clément

Première partie : De Hull à Maniwaki




Le Parolier : Parlez-nous de vos influences musicales. Vous êtes né en 1973 en plein coeur de la génération disco...

Dominic Clément : Je n'ai jamais écouté de disco de ma vie ! (Rires) Je suis né dans une famille religieuse qui se basait sur certains principes. Il y avait plusieurs empêchements concernant tout ce qui était récréatif. À la télévision, on ne pouvait regarder que deux ou trois émissions. On n'écoutait pas la radio, ni de disque. Nous écoutions surtout de la musique religieuse, des chants d'église, les cahiers de la "Bonne chanson", "En veillant sur l'perron", etc. Je n'avais aucune idée de ce qu'était Michael Jackson.

L.P. : Vos origines sont québécoises ?

D.C. : Oui. De côté de mon père, mes racines sont autochtones comme plusieurs familles de la région de Maniwaki. Il y a une réserve qui se nomme Kitigan Zibi Anishnabeg. Cette région a d'abord été colonisée par les autochtones et par la suite, les blancs, les anglais. Plusieurs des familles de ce coin sont issues de métissages entre autochtones et blancs.



L.P. : Dans votre famille, est-ce qu'il y avait des gens qui s'intéressaient à la musique ?

D.C. : Oui, beaucoup. Il y avait la musique religieuse et la chanson folklorique. Dans les fêtes de famille, surtout du côté de mon père, tout le monde était musicien. Mon père chante, joue de la guitare et du piano. Moi et mes frères avons tous suivi des leçons de piano lorsque nous étions jeunes. Mon grand-père est un violonneux, toutes mes tantes et tous mes oncles jouent de la guitare et chantent. Il y a toujours de la musique... mais elle n'est pas de mon époque.

L.P. : Quand avez-vous débuté l'apprentissage de la guitare ? Qu'est-ce que vous jouiez ?

D.C. : J'ai appris la guitare à l'âge de seize ans. Au début c'était quelques accords et j'essayais de jouer toutes les chansons de ma jeunesse. Puis, tranquillement, j'ai découvert de nouvelles chansons. Mais encore là... pas vraiment de mon époque. Je me suis intéressé au vieux rock'n'roll à la Elvis... c'était en 1988-1989. J'ai écouté un peu de Beatles, du country... Et ensuite j'ai commencé à écouter la radio... À cette époque il y avait du Bon Jovi et Martine St-Clair, ce n'était pas le style de musique que j'aimais écouter. C'est après que j'ai connu les vieilles chansons de Paul Piché. Il y a eu un retour aux valeurs au cours des dernières années avec les Richard Séguin, Kevin Parent, Luc De Larochellière... On est revenu aux chansons à textes du style chansonnier, folk. Des textes qui parlent de la vie.

L.P. : Vous dites que vous venez de Maniwaki. Mais j'ai lu que vous êtes né à Hull et vous y avez vécu pendant plusieurs années.

D.C. : Oui, jusqu'à quinze ans. C'est vrai que je suis né à Hull. Je dis que je viens de Maniwaki car ma famille du côté de mon père, vient de cette région et aussi parce que j'y suis allé souvent au cours de ma jeunesse. Je n'ai jamais senti d'attachement à la ville, mon port d'attache a toujours été la campagne, à Maniwaki. Je me sentais bien quand j'allais chez mon grand-père. Je suis parti de la maison à quinze ans et j'ai été à Maniwaki. Dans ma tête et dans mon coeur, c'est de là que je venais, c'était là que je me sentais bien même si je ne connaissais presque personne à part la famille. Je n'avais pas vraiment d'amis là-bas, mais, je n'ai avais pas vraiment à Hull. J'ai eu une jeunesse et une adolescence assez solitaire. Comme je l'ai dit, je viens d'une famille religieuse qui représentait un milieu assez fermé.

L.P. : Quelles furent les impacts de ce déménagement à Maniwaki pour votre vie ?

D.C. : Pour moi, ça a été une renaissance. Jeune, je n'avais pas de vie. Celle-ci était casée, hermétique, toujours le même cercle d'ami, souvent dans le même domaine... religieux. Ça m'a donné une bonne base, je ne le regrette pas. Je suis devenu autonome à Maniwaki, c'est là que j'ai commencé à jouer de la musique en public. C'était dans des clubs de l'âge d'or. Mon grand-père venait m'accompagner au violon et je plaisais à ce public. Je me suis trouvé de nouvelles valeurs, de nouveaux principes.